VIOLENCES CONJUGALES : Pourquoi partir est si difficile
Les mécanismes invisibles qui expliquent pourquoi tu es restée
De la survie à la liberté.
SORTIR DE LA VIOLENCE CONJUGALE : COMPRENDRE, SE RECONSTRUIRE, AVANCER
Introduction
La violence conjugale ne commence presque jamais par des coups. Elle s’installe progressivement, souvent dans une relation qui, au départ, semblait aimante, rassurante ou réparatrice. Beaucoup de femmes se demandent, parfois avec honte ou culpabilité, comment elles ont pu en arriver là, et pourquoi elles ne sont pas parties plus tôt.
Cet article propose un éclairage clair et accessible sur les mécanismes humains qui expliquent ces situations, sans jugement. Il aborde aussi une approche d’accompagnement du vécu traumatique par la kinésiologie, expliquée simplement, comme un chemin possible pour se reconnecter à soi et retrouver sa capacité d’agir.
1. La violence conjugale : un piège progressif et multiforme
La violence conjugale ne se limite pas aux coups. Elle peut prendre des formes variées, parfois invisibles de l’extérieur, mais tout aussi destructrices.
Elle repose rarement sur une domination immédiate. Elle se construit par étapes :
- une phase de séduction ou de fusion intense,
- une installation progressive du contrôle,
- des moments de tension ou d’explosion,
- suivis de phases d’apaisement, de promesses et de réconciliation.
Ce cycle crée une confusion profonde. La femme ne vit pas uniquement de la violence : elle vit aussi des moments d’espoir, de tendresse et de lien. C’est cette alternance qui rend la situation si difficile à quitter.
1.1 Les différentes formes de violence
La violence verbale
Elle passe par des paroles qui blessent, rabaissent ou humilient :
- insultes,
- moqueries,
- cris,
- menaces.
Même sans coups, ces mots laissent des traces profondes. Ils attaquent l’estime de soi et finissent par faire douter de sa valeur.
La violence psychologique
Elle agit sur la peur, la culpabilité et la confusion :
- faire croire que tout est de ta faute,
- nier ce que tu ressens ou ce que tu as vécu,
- retourner les situations contre toi,
- te faire passer pour instable ou excessive.
Avec le temps, cette violence brouille les repères et affaiblit la confiance en soi.
La violence émotionnelle
Elle consiste à utiliser les émotions comme un moyen de contrôle :
- chantage affectif,
- silence punitif,
- retrait d’amour ou de soutien,
- alternance entre rejet et rapprochement.
Cette instabilité émotionnelle maintient une dépendance au lien.
La violence physique
Elle inclut tout geste visant à faire peur, contrôler ou faire mal :
- bousculades,
- gestes brusques,
- coups,
- empêchement de partir ou de se défendre.
Même lorsqu’elle est rare ou ponctuelle, elle crée un climat de peur durable.
La violence sexuelle
Elle existe dès lors qu’un rapport, un geste ou une pression est imposé :
- insistance malgré un refus,
- obligation de relations,
- utilisation du corps sans respect.
Dans un couple, le consentement reste indispensable. L’absence de coups ne signifie pas l’absence de violence.
La violence économique
Elle vise à rendre dépendante :
- contrôle de l’argent,
- interdiction de travailler,
- confiscation de ressources,
- mise sous pression financière.
Cette violence rend le départ matériellement plus difficile.
La violence sociale et l’isolement
Elle coupe progressivement des soutiens :
- critiques envers les proches,
- conflits provoqués avec l’entourage,
- contrôle des sorties ou des contacts.
L’isolement renforce la dépendance et le sentiment d’être seule face à la situation.
2. Pourquoi rester ? Comprendre en profondeur, sans se juger
Si tu es ou as été dans une relation violente, il est possible que tu te sois déjà demandé : « Pourquoi je n’arrive pas à partir ? », « Pourquoi je suis encore là malgré tout ce que je sais ? ».
Il est important de le dire clairement : rester n’est ni une faiblesse, ni une erreur, ni un consentement à la violence. Il existe de nombreuses raisons, souvent entremêlées, qui expliquent pourquoi partir est si difficile.
Le lien affectif et l’attachement
Même dans une relation violente, il y a eu — ou il y a encore — de l’amour, de l’attachement, des souvenirs heureux, des moments de proximité. Ce lien ne disparaît pas simplement parce que la violence existe.
Rompre ce lien peut être vécu intérieurement comme une perte immense, parfois plus terrifiante que la violence elle-même. Le corps et les émotions peuvent alors s’accrocher à ce qui a existé, ou à l’espoir que « cela redevienne comme avant ».
L’espoir du changement
Beaucoup de femmes restent parce qu’elles croient — ou ont cru — que la situation peut s’améliorer. Les excuses, les promesses, les moments de douceur après la violence entretiennent cet espoir.
Espérer n’est pas une illusion stupide : c’est une réaction profondément humaine. Quand on a investi du temps, de l’énergie, des rêves, il est naturel de vouloir croire que tout cela n’a pas été vain.
La peur : pas seulement de partir, mais de ce qui pourrait arriver
La peur prend de nombreuses formes :
- peur des représailles,
- peur de la solitude,
- peur de ne pas s’en sortir matériellement,
- peur pour les enfants,
- peur de ne pas être crue ou soutenue.
Cette peur peut bloquer toute capacité d’action. Le corps apprend alors que ne pas bouger est la façon la plus sûre de survivre.
La perte de confiance en soi
À force d’être critiquée, rabaissée ou remise en question, il devient difficile de faire confiance à ses propres pensées, à ses ressentis, à ses décisions.
Tu peux en venir à douter de ta perception de la réalité, à te demander si tu exagères, si tu es trop sensible, si le problème vient de toi. Dans cet état, prendre une décision aussi importante que partir peut sembler impossible.
Le sentiment de responsabilité
Beaucoup de femmes se sentent responsables :
- du bien-être de l’autre,
- de l’équilibre familial,
- des enfants,
- de la violence elle-même.
Tu as peut-être appris à calmer, à anticiper, à éviter les conflits. Cette hyper-adaptation donne l’illusion que « si je fais mieux, ça ira ». Ce mécanisme est une tentative de protection, pas une faute.
La protection des enfants
Beaucoup de femmes restent avant tout pour protéger leurs enfants.
Tu as peut-être pensé :
« Au moins, s’il est avec moi, je peux surveiller »,
« S’il explose, je suis là pour prendre à leur place »,
« Partir pourrait empirer les choses ».
Rester peut alors sembler être la meilleure façon de limiter les dégâts, d’amortir la violence, de maintenir une forme de stabilité.
Il est important de comprendre que cette posture vient d’un instinct de protection profond. Elle ne signifie pas que tu choisis la violence, mais que tu fais ce que tu peux pour préserver tes enfants avec les moyens dont tu disposes à ce moment-là.
Beaucoup de femmes ne partent pas parce qu’elles ne se sentent pas encore en sécurité pour le faire — ni pour elles, ni pour leurs enfants.
L’isolement
La violence s’accompagne souvent d’un isolement progressif : moins de contacts, moins de soutien, moins de regards extérieurs.
Quand on est seule, sans point d’appui, partir peut sembler irréaliste. Il devient plus facile de rester que d’affronter l’inconnu.
3. Ce qui se passe dans le corps : quand le système de protection prend le contrôle
Face à une menace répétée, le corps active des réflexes automatiques :
- vigilance constante,
- tension intérieure,
- fatigue profonde,
- impression d’être coupée de ses émotions ou de ses sensations.
À long terme, le corps peut rester bloqué dans un état d’alerte, même lorsque la violence diminue ou cesse. Cela explique pourquoi partir est si difficile, même quand la décision semble logique sur le plan rationnel.
Le corps n’a pas encore compris que le danger est terminé.
4. La honte et la culpabilité : des freins puissants à la sortie
Beaucoup de femmes ressentent :
- de la honte d’avoir « accepté » certaines situations,
- de la culpabilité envers les enfants, la famille ou l’agresseur lui-même,
- la peur de ne pas être crues ou soutenues.
Ces émotions enferment et isolent. Elles empêchent de demander de l’aide, alors même que le besoin est immense.
Comprendre que ces sentiments sont une conséquence de la violence — et non une preuve de responsabilité — est une étape clé vers la reconstruction.
5. Sortir de la violence : un processus, pas un acte unique
Quitter une relation violente ne se résume pas à partir physiquement. C’est un chemin qui comprend souvent :
- des allers-retours,
- des hésitations,
- des prises de conscience progressives,
- un travail intérieur profond.
Chaque étape compte. Même douter, réfléchir, se renseigner, imaginer une autre vie sont déjà des mouvements vers la sortie.
6. Accompagner le vécu traumatique autrement : la kinésiologie expliquée simplement
La kinésiologie est une approche qui part d’une idée simple : le corps garde la mémoire des expériences vécues, même lorsque les mots manquent.
Dans le cadre de la violence conjugale, certaines expériences ont été trop intenses ou trop répétées pour être pleinement digérées sur le moment. Elles restent alors comme « en suspens », influençant les réactions, les émotions et les choix.
Comment se déroule l’accompagnement ?
Un accompagnement en kinésiologie peut aider à :
- retrouver un sentiment de sécurité intérieure,
- se reconnecter à ses ressentis,
- reprendre confiance en ses perceptions,
- faire des choix plus alignés avec ses besoins réels.
Ce travail se fait à son rythme, dans le respect des limites de chacune.
La personne reste actrice de la séance. Il ne s’agit ni de revivre la violence, ni de forcer des souvenirs, mais de permettre au corps de relâcher ce qu’il n’a plus besoin de porter.
7. Se reconstruire : redonner de la place à soi
Sortir de la violence, c’est aussi :
- réapprendre à écouter ses limites,
- reconstruire l’estime de soi,
- redéfinir ce qu’est une relation saine,
- accepter d’être aidée.
Il n’y a pas de calendrier idéal. La reconstruction n’est pas linéaire. Elle avance par petites touches, parfois invisibles de l’extérieur, mais profondément transformatrices.
Conclusion
Les femmes qui vivent ou ont vécu la violence conjugale ne sont ni naïves, ni faibles, ni responsables de ce qu’elles ont subi. Elles ont fait, à chaque instant, ce qu’elles pouvaient avec les ressources disponibles à ce moment-là.
Comprendre les mécanismes humains, émotionnels et corporels à l’œuvre permet de remplacer le jugement par de la compassion — envers soi-même et envers les autres.
La sortie de la violence est possible. Elle commence souvent par une chose essentielle : se croire à nouveau digne de sécurité, de respect et de paix.